21 mai 2013

Théodore Gouvy, un musicien lorrain à l'honneur à Venise

 Théodore Gouvy, musicien lorrain né en Sarre en 1819 et mort en 1898) était fêté dimanche à la Scuola Grande di San Rocco, avec sa première symphonie écrite en 1850. C'était l’Orchestre national de Lorraine qui opérait pour le plus grand bonheur d'un public ravi d'entendre l'une des quelques 300 œuvres que ce musicien a composées, dont son fameux requiem joué dans le monde entier.
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."Si on choisit de faire une année Gouvy, c’est parce qu’il le mérite", résume Alexandre Dratwicki, le pétulant directeur du Palazzetto Bru Zane. Ouvert en octobre 2009, la fondation dont Tramezzinimag a déjà parlé à plusieurs reprises, s’est fixée pour objectif de faire redécouvrir la musique romantique française de l’époque de Louis XVI à la Première Guerre mondiale. Elle effectue un travail de recherche qui fait référence dans le monde entier. Depuis sa création, la fondation  lancé son propre festival de musique romantique française, mettant chaque année un compositeur différent à l’honneur. Depuis le 20 avril et jusqu’au 31 mai, le lorrain Gouvy occupe la vedette au palazzetto Bru-Zane sous le titre Théodore Gouvy, entre la France et l'Allemagne. "Nous n’avons pas proposé de jouer Gouvy seul. Il y a dans chaque programme Gouvy et Schubert, Berlioz ou Wagner parce que nous sommes persuadés qu’on peut le confronter aux grands compositeurs", poursuit le directeur. Une œuvre de qualité parmi lesquelles cette première symphonie qui peut s'inscrire sans complexe parmi les grandes œuvres de cette époque, comme le souligne le maestro Jacques Mercier, qui dirige l'Orchestre National de Lorraine : " Cette Symphonie est bien calibrée et il n’y a rien à redire sur son orchestration."


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..A la fois français et prussien, Gouvy est fort d’une double culture : tout son art s’en ressent. Né dans l’actuelle Sarre en 1819, peu après la chute de l’Empire et le redécoupage des frontières qui s’ensuivit, il se forme auprès de Zimmerman, Eckert et Elwart puis complète ses études en Italie. Alors que le wagnérisme règne partout en Europe, le compositeur franco-allemand propose un "germanisme" modéré et composera des pages qui ravivent l’esthétique de Mendelssohn et de Schumann, colorée d’effluves brahmsiens. Largement reconnu de chaque côté du Rhin (il fut membre correspondant de l’Académie royale de Berlin et de l’Académie des beaux-arts de Paris), il souffrit cependant de sa situation d’étranger, qui l’empêcha de bénéficier des réseaux officiels même après sa naturalisation française en 1851. Si son œuvre est largement dominée par la musique de chambre (en partie inédite jusqu’à très récemment), on lui doit également de nombreuses compositions orchestrales et religieuses, dont son fameux Requiem, ainsi que plusieurs ouvrages dramatiques. 

 Toujours dans le cadre de ce festival, le public se pressera mercredi 22 mai, au Palazzetto Bru-Zane, pour entendre le Quatuor Cambini-Paris, qui présentera trois quatuors du compositeur et  samedi 25 mai, ce seront Claire Désert et Françoise Gneri avec notamment une Sérénade vénitienne pour alto et piano.

En dépit des frimas, Venise reste belle et joyeuse

..Le mauvais temps nous fait un joli mois de novembre. N'avons-nous pas l'habitude à cette période de l'année de passer les fins de semaine à la plage ? je me souviens de l'admiration des gens quand je revenais pour la Pentecôte à Bordeaux bronzé comme après un séjour dans une île du Pacifique ! La photographie de la plage de Jesolo qui venait à peine d'être ouverte et aménagée a été prise le 16 mai dernier ! A croire que les saints de glace ne se sont pas réveillés pour chasser la terrible lune noire qui apporte toujours du froid et du mauvais temps quelques semaines après Pâques... Mais s'agit-il finalement de la Pâque des chrétiens d'occident ou de celle des orthodoxes ? Si on se base sur le calendrier orthodoxe, tout est normal. ce retour de l'hiver ne devrait pas durer ou alors nous serons bien mal lotis... En attendant, la Biennale se prépare et la ville est en effervescence, bruits de marteaux et odeurs de peintures un peu partout. Le Koweit a posé son caravansérail contemporain à Cannaregio, sur la Strada Nova, au palazzo Michiel de Brusa, le Vatican est là aussi pour la première fois (voir notre billet sur le sujet), les grands navires vont et viennent sans qu'à ce jour aucun ne se soit déchargé d'huile ni de fuel, les vénitiens continuent de lutter contre cette invasion dangereuse, la lutte pour la sauvegarde de Venise prend de nouveaux chemins, l'allure est différente mais la préoccupation demeure et s'amplifie...

..Nous avons le choix : ruminer tout ce qui ne va pas, s'en prendre aux temps modernes, aux oligarques qui dirigent notre pauvre monde exsangue, et regretter le bon vieux temps, ou se réjouir de pouvoir contempler les vermeilles amassées par nos aïeux sur ces îlots hospitaliers qui vit naître et prospérer une civilisation de la beauté. TramezziniMag choisit pour ses lecteurs l'optimisme vigilant. Réjouissons-nous de ce qui nous est offert, profitons des moments heureux, ces petits riens qui surgissent et rendent la vie aimable : un birrino accompagné de ces chaussons au jambon qu'on déguste près du Rialto entre amis, un spritz à la tombée du jour, le silence d'un canal et un petit pont désert, des enfants qui jouent sur le campo... Ces fameux petits riens qui font du bien...

Cette petite vidéo sans prétention ne fait-elle pas revenir en vous le soleil et le ciel bleu ? Allez, encore un peu de patience, et le beau temps reviendra. Nous ouvrirons une bouteille de Prosecco pour fêter ça ! Et puis, le mauvais temps, cela peut être beau aussi, ces ciels tourmentés qui nous font songer à des vers de Lord Byron !

15 mai 2013

Les Brèves : Vuitton fait sa performance à Venise

..La maison de maroquinerie française offre depuis quelques heures aux passants, la vision d'une paire de (jolies) jambes dorées chaussée d'escarpins à l'occasion de l'ouverture de son nouvel espace dans les locaux de l'ancien cinema teatro san Marco, à l'emplacement de la regrettée librairie Mondadori.

..On pourrait penser qu'il s'agit d'une performance en avant-première de la Biennale d'art contemporain qui ouvrira bientôt ses portes ? Et bien non. En réalité cette installation éphémère, repérée dans les rues de Venise n'est pas signée d'un plasticien célèbre, mais des services de relations publiques du malletier, à l'occasion d'un jeu de pistes mis en place dans le cadre des festivités de l'inauguration de son nouvel espace vénitien. Cette chasse au trésor commençait sur le campo dei calzolai, où se trouvait autrefois la corporation des cordonniers, joli clin d’œil. La Maison (prêt-à-porter, accessoires, chaussures et espace culturel) - on ne dit pas boutique chez Vuitton, ce serait trop vulgaire - est située au cœur de la Cité des Doges, dans un ancien cinéma du sestiere  San Marco. voulait faire savoir qu'il fait produire tous ses souliers en Vénétie, à Fiesso d'Artico, près du Brenta, la fameuse rivière bordée de somptueuses villas palladiennes. Une manufacture où 370 artisans hautement qualifiés, façonnent mocassins, escarpins et modèles demi-mesure - en cousant à la main main l'étiquette de chaque paire.Une industrie de luxe qui prend en compte l'économie soutenable, comme le fait Hermès avec ses céramiques fabriquées et décorées à deux pas de Venise. C'est Marc Jacobs, le très créatif directeur artistique qui encouragea la marque à y produire sa gamme. C'est ainsi que l'atelier high-tech de Fiesso d'Artico a vu le jour en 2009.

.."Nous nous trouvons dans le berceau du luxe. C'est ici qu'il est né, il y a six cents ans", rappelait Michael Burke, le président-directeur-général de Louis Vuitton, lors de l'inauguration du nouvel espace devant une foule d'invités parmi lesquelles de très belles et très élégantes jeunes femmes venues de partout. LVMH montre ainsi son attachement à Venise, mais aussi à l'art contemporain. Que diable, il s'agit de ne pas rester en touche face à la la Fondation Pinault.
..C'est ainsi que, quelques semaines avant l'ouverture de la Biennale, Vuitton crée l'évènement, se démarquant de deux grands groupes de luxe - Kering et Prada - qui possèdent tous deux sur le Grand Canal d'énormes palazzi dédiés à l'art contemporain, l'entreprise a conclus un accord avec la municipalité pour montrer des pièces rares mises en dialogue avec une création contemporaine. La première présentation, au-dessus de la boutique, sera La Mort d'Othello, peinture de Molmenti (dont la restauration a été financée par Louis Vuitton), confrontée à une installation vidéo de Tony Oursler, le plasticien qui fit beaucoup parler de lui avec "Where are we now?", le clip du come-back de David Bowie. "Tony Oursler est un iconoclaste, et nous aimons beaucoup cela chez Vuitton ! ", souligne Michael Burke.

9 mai 2013

Venezia Eventi : Le Ve concours de photos 2013 a ses lauréats

Le Ve concours de photographies "scatta l'amore a Venezia" organisé par Venezia eventi s'est terminé le 8 mai. 
Voici les gagnants :

 
1er Prix :

Enrica Kikita
Titre de l’œuvre : Lovely Venice (Photo n° 107)

2e Prix :

Chiara Boscolo
Titre de l’œuvre : L'amore sorride (Photo n°133)

3e Prix :

Don Oscarez
Titre de l’œuvre : Vampires in Love 01 (Photo n°118)

4e prix

Alberto Alberti
Titre de l’œuvre : Costruire un nido a Venezia (Photo n°22)

5e Prix :

Diego Poggialini
Titre de l’œuvre : Amore a Rialto (Photo n°96)

7 mai 2013

Castello, tout simplement...



..Qui parlait ainsi de ce sestiere un peu éloigné de tout, qui a su garder toutes les caractéristiques de la Venise traditionnelle. Cannaregio était son pendant autrefois, avant que le flux ds touristes transforme tout sur son passage, de San Geremia  au Rialto. Simplement Castello à Venise, le quartier le plus vaste de la ville. Hormis l'Arsenal, l'ex-cathédrale de San Pietro, la belle église conventuelle de Sant'Elena, rien de monumental. Tout y est à la mesure de l'homme, de la vie courante. Modeste. L'Arsenal bien sûr, même sans l'intervention de Dante qui nous le fait assimiler ses ateliers et ses chantiers à l'Enfer, transpire encore la puissance et le gigantisme de ce qu'il fut durant mille ans, mais les autres monuments qui restent encore du passé glorieux de la sérénissime ? 

..Prenons l'église San Martino. Elle se dresse, presque solitaire, un peu cachée, loin derrière la Riva que tout le monde emprunte en venant de San Marco. Elle contient des trésors et le saint qu'elle honore est particulièrement cher aux vénitiens, notamment aux plus jeunes d'entre eux qui le fêtent bruyamment - et joyeusement - chaque année, avec bien plus d'enthousiasme que la très artificielle fête de Halloween importée des Amériques.
 
..San Martino di Castello est construit sur ce qui fut il y a très longtemps - bien longtemps avant que ne se construise le gigantesque Arsenal - les ilots Gemini aujourd'hui totalement emberlificotés dans la structure de la ville depuis l'aménagement de l'Arsenal et de la cathédrale. Dédiée à Saint Martin de Tours, ce saint fameux pour avoir coupé sa tunique en deux et l'avoir partagée avec un mendiant, elle contient des trésors peu connus. Comme son histoire d'ailleurs : une colonie lombarde s'était installée sur la lagune et Saint Martin était leur saint protecteur. Mais on ne sait pas trop en fait... L'église votive aurait pu aussi être édifiée par des réfugiés qui avaient fui Ravenne et auraient nommés la chapelle comme la basilique de leur cité. On trouve les premières mentions de sa construction en 932 et on sait qu'elle fut consacrée en juin cette année-là. C'est un lieu particulièrement agréable à visiter. Dans le silence de ses voûtes, la fraîcheur de ses marbres, il faut bon se poser un instant et faire silence même quand on n'est pas croyant. 

..Ne manquez pas de la visiter. Du temps où je vivais à Venise, il y avait là un vieux curé très sympathique qui avait toujours une anecdote à raconter et se faisait un plaisir de montrer son église aux visiteurs. C'est ainsi qu'on y découvre des merveilles : une vierge des douleurs de Palma Il Giovane, un autel de Tullio Lombardo, et dans la sacristie trône un charmant tableau de Antonio Zanchi si ma mémoire est bonne qui représente la Vierge et Saint Joseph avec Saint Antoine de Padoue. L'église conserve aussi une précieuse relique, un tibia du saint tourangeau. 

..Autre chose à voir : Parmi les dalles de marbre qui recouvrent le sol devant le maître-autel, on trouve des carreaux gravés de figures représentant les outils utilisés non loin de là dans les ateliers de l'Arsenal, par les calafati, cette confrérie d'artisans chargés de calfater les navires fabriqués dans les chantiers navals de la République. Les membres de cette corporation, qui était fort puissante, bénéficiaient de nombreux privilèges. Ses membres embarquaient parfois sur les navires de la Sérénissime afin d'assurer le calfatage des coques. Ils étaient très considérés. Ouvriers fonctionnarisés par la République, ils avaient aussi le droit de travailler pour les navires marchands privés et de percevoir une rémunération de la part des armateurs. San Martino était leur église. 


..Un billet de Tramezzinimag citait l'originalité de cette corporation qui, avec les charpentiers de navire existe encore et dispose - c'est l'unique rescapée de l'ancienne République - une société mutuelle, devenue au fil des siècles une caisse de retraite et de prévoyance. Toujours privée, toujours régie par les règles édictées du temps des doges et approuvée par le Sénat de la Sérénissime. Chaque année, le 5 mars, jour de la San Foca, martyr natif du Pont-Euxin, les voûtes de San Martino retentissent du chant des membres de cette confrérie à l'occasion d'une messe solennelle. Le prêtre y bénit des petits pains qui sont ensuite distribués à l'assistance dans des petits sachets avec une image de San Foca (ou Phocas) reprise d'une mosaïque ancienne de San Marco. Cette cérémonie est une des dernières à rester authentiquement vénitienne et n'a jamais été à ce jour, dieu merci, offerte en pâture aux touristes. Après la cérémonie, les membres de la corporation et leurs familles se retrouvent pour un repas traditionnel. Pour y avoir été invité à plusieurs reprises, je puis vous assurer que tout y est authentique, vrai, chaleureux et convivial !


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