31 janvier 2015

découverte : The Hundred Foot Journey (ou Les Recettes du bonheur en VF), un film délicieux


Travaillant sur mon projet de livre de recettes vénitiennes, et en me promenant sur le net, j'ai découvert avec bonheur - et gourmandise - un film américain de 2014, réalisé par Lasse Hallström, sur un scénario de Steven Knight, d'après un roman de Richard C. Morais, intitulé en France "Les Recettes du bonheur", "The Hundred-Foot Journey". Belle surprise, vraiment. Sorti sur nos écrans en septembre dernier, il sera bientôt disponible en DVD.

Le gourmand que je suis, se régale à chaque fois de ces films qui traitent des plaisirs de la cuisine. Il y a ainsi une petite liste de bons films ( des nanars existent aussi, hélas) sur le thèmes des plaisirs de la Bouche, de la gastronomie et des miracles que cette science peut faire dans les relations humaines. Ce n'est pas un grand film, mais un charmant petit film, émouvant et drôle, jusque dans la vision d'une petite communauté franchouillarde où débarque un jour, par hasard - vous y croyez-vous, au hasard ? - dans une petite vallée du Tarn et Garonnet, une famille indienne haute en couleurs. C'est ce que les anglo-saxons appellent un feel-good movie. On y traite de la vie en général, avec ses drames et ses joies, de l'amour, de la famille, du temps qui fait son œuvre, de la nécessité de savoir s'ouvrir à d'autres choses et aux autres. Tout ce qui peut aider à se sentir bien dans ses chaussures... Apprendre par le menu (hé hé, difficile de résister au jeu de mots...) à comprendre ce qui est vraiment important dans la vie et bon pour nous. Leçons de vie. Et bien manger, donner du bonheur avec les bonnes choses que dame Nature met à notre disposition, c'est une chose importante, vous en conviendrez ! Bien chagrins les mauvais esprits qui soutiendront le contraire !

..Comme souvent au cinéma, le film commence par une catastrophe. Terrible. De ce douloureux évènement (n'en disons pas plus), va découler pour le héros et sa famille, un long voyage initiatique. Comme dans Chef, autre sympathique petit film en rapport avec la nourriture, sorti lui aussi en 2014, de et avec Jon Favreau, Scarlett Johansson et Dustin Hoffman, un drame et un voyage pour se sauver, au propre comme au figuré. Lorsque les membres de la famille Kadem voient leur vie partir en fumée, ils décident d'émigrer en Europe. Dans l'idée de trouver un nouveau départ. Ils  finissent par arriver en France. Dans leurs bagages, les traditions culinaires indiennes, la bonne humeur et le sens des affaires. 

..C'est un petit film charmant et captivant sans qu'on le voit venir. Toutes les ficelles de la comédie américaine sont réunies mais ici, c'est plutôt ficelle à rôti que gros câble en acier. On s'attache très vite à cette famille hindoue et à son jeune héros, Hassan, cuisinier hyper-doué et passionné. La tribu va jeter son dévolu sur une grosse bâtisse qui se dresse en face du célèbre restaurant étoilé, Le Saule Pleureur, situé depuis des décennies à l'entrée de Saint-Antonin-Noble-Val, ravissante petite bourgade très cinégénique. Dirigé par Madame Mallory (interprétée par la grande Helen Mirren dans un rôle de composition qui pourrait être comparé à ces préparations culinaires aigres-douces...). Un personnage très raide et pourtant qui laisse deviner beaucoup d'humanité au fur et à mesure qu'on avance dans l'intrigue. Comme un chaud-froid. Om Puri est sublime dans le rôle de Papa Kadem pater familias inquiet et déterminé. Si on voit venir la guéguerre entre la dame et le patriarche - et qu'on en imagine l'issue -, on assiste à leurs joutes avec plaisir. Comme si une odeur de tarte aux pommes ou de crêpes Suzette se faufilait vers nos narines... L'acteur indien Manish Dayal qui joue Hassan, est lui aussi tout à fait à sa place. Il donne vie à sa passion pour la cuisine. Sûr de sa vocation et de son talent, toujours humble et émerveillé devant tout ce qu'il découvre, sa transformation en vedette internationale de la haute gastronomie est tout à fait crédible. Même l'interprétation des arcanes de la cuisine moléculaire sonne juste.
..Certains critiques ont descendu le film au rang des petits scénarios classiques et prévisibles. Certes. Et alors ? Oui,le film est léger et charmant : c'est une comédie sans prétention.Oui, le petit village semble improbable comme celui de la séquence animée qui ouvre le générique d'un film de Walt Disney. Pourtant,il existe vraiment et il est tellement improbable en vérité que l'on nous a épargné les lieux les plus magiques de l'endroit.Et puis, le décor où sont posés les deux restaurants, fait tellement décor qu'il souligne le côté onirique de l'histoire... Oui les amants sont sobres et moins passionnés l'un de l'autre que de la nourriture qu'ils préparent et qu'ils goûtent. C'est un des charmes du film. Son originalité aussi qui repose de l'offre habituelle des productions made in Hollywood .

..Non, il n'y a pas d'armes à feu, pas de jurons, pas de scènes de sexe avec de longs plans sur des corps nus et en sueur, pas de drogues ni d'alcool (mis à part quelques verres de vin dégustés ça et là), pas de sang, pas de viol ni de meurtre sanglant, pas de terroristes ni de sauveur de l'humanité. Pas une image qui salisse les yeux... Je ne sais pas pour vous, mais moi,sortir d'un film où tout cela m'a été épargné, cela me fait du bien. C'est reposant. Ce film est agréable, reposant, sans jamais être gnangnan. Après tout, pourquoi ce qui touche aux plaisirs innocents du bien manger serait moins intéressant au cinéma - comme dans tous les arts d'ailleurs - que la violence et le sexe ? Nous mangeons tous chaque jour et pour la plupart d'entre nous, on en reçoit du plaisir et un certain bonheur non ? Sans complexe.




..Mais ce qui rend ce film vraiment attachant et qui m'a amené à en parler ici, c'est que la passion des protagonistes pour les bons produits, pour les préparations culinaires et les assemblages de saveurs, tout cela sonne juste. Quand on les voit en cuisine, ils sont à chaque fois totalement crédibles. J'ai vu un certain nombre de ces films dont la thématique portait ostensiblement sur la nourriture, mais où l'acte culinaire était réalisé devant les caméras avec tellement peu d'énergie,où le manque d'intérêt des acteurs crevait l'écran, prouvant bien qu'ils n'avaient jamais tenu un couteau en dehors de la salle à manger. Goûtez et vous m'en direz des nouvelles. Au fait, j'oubliais, c'est produit par le très gourmet Steven Spielberg.



La bande-annonce pour ceux que j'aurai réussi à faire saliver... et les autres : 

14 janvier 2015

Maxi Navi : c'est reparti !


Le tribunal administratif de Venise vient d'annuler le décret du ministère italien des Transports, ce décret qui avait été accueilli avec soulagement par les vénitiens, par les associations de défense de l'environnement et toutes les personnes qui voient les choses et la vie par un autre prisme que celui des intérêts privés et de l'argent et qui devait restreindre, à partir du 1er janvier 2015, le transit des paquebots de plus 40 000 tonneaux dans le chenal de Giudecca et bannir à jamais leur passage à proximité de la mythique place Saint-Marc.

Les juges ont estimé que le décret de 2013 ne s’appuie pas sur une analyse détaillée des risques qui aurait dû être rendue publique à la grande joie des syndicats de marins et surtout des grandes compagnies de navigation... Le ministre a annoncé que le gouvernement italien fera appel de la décision. C'est vrai que pour continuer de satisfaire les clients de plus en plus nombreux du tourisme de masse qui gangrène la Sérénissime, la construction qui est envisagée d'un point d'accès de l'autre côté de la lagune, directement sur la mer avec les aménagements qui s'en suivront (pontons, dragage, bâtiments et mise en place de navettes maritimes entre le port ainsi installé et la ville), coûtera fort cher. Mais qu'est ce que sont ces dépenses face au risque d'une catastrophe humaine et environnementale si un jour un de ces HLM géants (certains sont aussi haut qu'un tour de 15 étage !) s'échouait ou fonçait vers la piazza... Pinault devrait s'émouvoir car un mastodonte de 6o.000 tonneaux s'encastrant dans les magasins de la douane où est installée une partie de sa collection, cela ferait un dossier compliqué pour les compagnies d'assurances...

Les professionnels de la croisière, contraints et forcés par la pression de l'opinion publique mondiale et peut-être - espérons-le - la raison, ont néanmoins choisi de respecter "volontairement" (sic) ces restrictions pour ce qui est du passage des paquebots de plus de 96 000 tonneaux.

Quatrième port européen pour l’accueil des paquebots avec un record de 1,8 million de passagers avec 548 accostages en 2013, Venise pourrait perdre 300 000 croisiéristes en 2015 suite à cette polémique disent les croisiéristes, plus certainement suite aux difficultés liées à la crise économique dans beaucoup de pays... Et puis de plus en plus de clients se rendent compte du risque que ces mastodontes font courir à l'environnement (le degré de pollution de ces navires équivaut à celui que produirait 14.000 véhicules !).

12 janvier 2015

Venice Time machine, technique et poésie au service de la sérénissime

Les millions de pages d'archives qui constituent toute l'histoire de la Sérénissime devraient être disponibles d'ici dix ans en mode numérique. On a beaucoup parlé de l'ambitieux projet porté par le professeur Kaplan, éminent spécialiste des Humanités digitales, sous l'égide de la Fondation Lombard Odier.



"Et si les nouvelles technologies, plutôt que de nous projeter dans le futur, nous replongeaient dans le passé ?" s'interroge Erica Bernardi. C’est là toute l’ambition du projet Venice Time Machine… Mais comment ça marche ? C'est loin d'être fumeux. L'idée est de mêler les millions d'informations issus des documents qui seront numérisés (de l'ordre de 45 par jour pendant dix ans) par le biais d’algorithmes afin de créer une sorte de Google Map du passé de Venise qui permettra de remonter virtuellement dans le temps, de reconstituer comme des réseaux sociaux de l'époque nous permettant de mieux saisir ce que fut la vie des vénitiens d'il y a deux cents ans, cinq cents ans voire mille ans. Un rêve qui s'apprête à devenir réalité. imaginez combien le travail des historiens sera élargi. A partir d'un mot, d'un nom, on pourra reconstituer des usages commerciaux, mieux comprendre les raisons d'un évènement, ses conséquences et rendre vivante l'histoire, ranimer virtuellement le passé pour nous aider à mieux comprendre l'évolution des mœurs et des mentalités...



L'été dernier, en parallèle à la numérisation des archives vénitiennes projet a proposé à quelques étudiants (ils étaient 24 en tout, venus du monde entier) dans le cadre d’une école doctorale d’automne, de recréer virtuellement l’intérieur du Palazzo Grimani. Ce projet était mené par la chaire des Humanités Digitales de l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne  et l’Université Ca’Foscari de Venise. Ces étudiants privilégiés ont ainsi pu tester en temps et taille réelle l'extraordinaire projet en travaillant au réameublement virtuel du Palazzo Grimani vidé de ses trésors suite aux legs de la puissante famille Grimani, mais dont on sait où ils sont et ce qu'ils sont devenus.

Le palais de la famille Grimani ayant été presque vidé de ses œuvres lors de ce legs, il a été demandé aux étudiants de retrouver ces pièces, de les modéliser puis de les replacer virtuellement dans leur contexte originel. Du mathématicien à l’historienne de l’art, ce travail a demandé une approche pluridisciplinaire. 

On a enfin  la machine à remonter le temps. Beaucoup de travail pour y parvenir mais quelle poésie ! De quoi prouver au monde, si besoin était, que Venise n'est pas un musée pas plus qu'un parc d'attractions pour gogos incultes, mais un laboratoire d'idées et de techniques où des savants et des chercheurs du monde entier travaillent, dans plein de domaines différents, à repousser la limite de nos connaissances en inventant de nouveaux outils de préservation et de recherche, contribuant ainsi à l'amélioration de la conservation du patrimoine mondial, à la protection de la nature. Une preuve supplémentaire aussi du dynamisme intact de la Sérénissime !


Charlie à Venise : émouvante manifestation campo Manin ce dimanche


..Merci à Venise et à l'Alliance Française pour l'organisation, hier après-midi, d'un rassemblement silencieux à la mémoire des victimes des deux attentats terroristes de Paris. Moment très émouvant sur le campo Manin. Le lieu était bien choisi puisque celui qu'on y célèbre sur ce campo fut un ardent défenseur de la liberté qui prit la tête du soulèvement contre les autrichiens et dirigea le gouvernement provisoire de ce qui aurait pu devenir la nouvelle République de Venise. Daniel Manin qui mourut à Paris où il s'exila et qui aurait participé avec enthousiasme à cette marche qui réunit à paris plus d'un million de personnes. 

..La foule, très recueillie, qui s'était répandue sur les deux ponts donnant sur le campo  écouta les discours, celui de notre consul, Gérard-Julien Salvy puis de Vittorio Zappalorto, le commissaire extraordinaire de Venise, qui gouverne la ville sans maire depuis quelques mois. ce dernier souligna l'attachement des vénitiens et des italiens en général pour la patrie des Droits de l'Homme et invita les manifestants à une minute de silence. Chapeaux bas, dans un profond silence, brandissant des exemplaires de Charlie Hebdo, des crayons, des affichettes, la foule s'est ainsi recueillie comme partout ailleurs dans le monde. 


Basse-mer à Venise : andar a roba bea !


..Avis de Marée, ce 5 janvier de l'an de grâce 2015, à  18h.45 : 25 cm en-dessous du niveau de la mer... Coefficient exceptionnel de - 98 ! Rien d'exceptionnel toutefois. C'est un phénomène qu'on oublie mais qui arrive et malheur aux propriétaires de barques qui n'ont pas relâché les amarres ou qui se sont retrouvés échoués au milieu d'une lagune vidée de ses eaux. Les pompiers ont eu beaucoup de travail ce jour-là.


..Plutôt rare en image, face à la pléthore de documents sur les eaux hautes. je me souviens d'une marée basse particulièrement forte en 1998. L'année précédente n'avait pas été marquée par de très fortes marées et plusieurs critères étaient réunis pour produire ce phénomène naturel mais qui n'est pas aussi spectaculaire que les impressionnantes montées des eaux sur la ville.


..Ci-dessus, un tableau du quotidien de la Sérénissime au début de XXe siècle. Le phénomène vu par le peintre Achille Beltrame pour la Domenica del Corriere, paru le 8 mars 1903. L'artiste avait choisi de peindre la marée basse devant le palazzo Van Axel. Les gens qu'on y voit ne sont pas en train de nettoyer la boue des parois mais sont à la recherche de "roba bea" qu'ils avaient perdu ou plus vraisemblablement qu'ils espèrent revendre à des antiquaires. mais laissez-moi vous expliquer la pratique illustrée par l'artiste.

Il y avait foule autrefois les jours de basses eaux. Une expression avait cours pour ces moments-là. On disait "andar a roba bea"
qu'on peut traduire par "aller aux belles choses"... L'usage autrefois était de secouer les nappes et les serviettes par les fenêtres, après les repas et il se trouvait souvent des couverts en argent parmi les miettes. La marée basse donnait le signal de la pêche au trésor, tant pour les familles concernées qui voulaient tenter de retrouver la petite cuillère en argent de la ménagère familiale que pour les aventuriers de la bonne fortune... En ce temps-là, les canaux souvent nettoyés n'étaient pas recouverts de l'épaisseur de fange et de pourriture qu'on y trouve aujourd'hui.


LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...