15 mars 2008

Jewish Classic Music

Quand on découvre le ghetto aujourd'hui, toute la culture de la Shoah vient s'interposer entre le spectacle qui s'offre à nos yeux et la représentation que nous nous faisons de la condition de vie imposée depuis toujours au peuple juif. Du Shylock de Shakespeare au Juif errant d'Eugène Sue, notre imaginaire est malmené par notre conscience humaine. Comment appréhender ce lieu de vie unique qu'est le Ghetto de Venise sans penser aux camps, aux enfants massacrés, aux familles détruites et à cette haine implacable dont les fondements n'ont jamais vraiment eu de sens. C'est pour cela que dans ce qui fut le premier lieu de "réclusion" (ici elle fut toute relative au long des siècles il faut tout de même le souligner) des israëlites, qui soit parvenu intact jusqu'à nos jours, on a installé des barbelés sur un haut mur de briques et que le peintre Arbit Blatas y a posé ses bas-reliefs de bronze qui retraçent, comme un chemin de croix, les étapes de l'Holocauste. Pourtant ce lieu n'a connu ni massacre ni violences. Ce sont les juifs eux-mêmes qui réclamèrent un lieu pour vivre entre eux et éviter à la jeunesse d'être "pervertie" par les idées chrétiennes. La nuit, les gardes qui surveillaient les alentours n'étaient pas les ancêtres des gardes-chiourmes nazis. Ils étaient payés par la communauté pour empêcher les jeunes filles du ghetto de recevoir les visites nocturnes des garçons chrétiens et vice-versa. La période la plus terrible du ghetto (ouvert par Buonaparte en 1797), ne dura que quelques semaines et les vénitiens furent nombreux à intervenir discrètement : à la fin du régime fasciste, quand la République de Salo fut proclamée et que les lois raciales furent obligatoirement - bien que toujours mollement - appliquées, les SS cherchèrent partout dans Venise les familles juives. Beaucoup de vénitiens les cachèrent. L'avantage en Italie, c'est que les familles juives portent pour la plupart des noms italiens, ce qui déconcerta beaucoup les autorités d'occupation. Quand les nazis pénétrèrent dans le ghetto, ils réussirent tout de même à emprisonner quelques vieillards de la maison de retraite et quelques familles de réfugiés. Les synagogues furent épargnées car leur façade ne sont en rien différentes des façades des palais. Certaines ont même des rideaux aux fenêtres. Pressés et surtout ignares, les soldats ne détruisirent ni ne pillèrent aucun de ces bâtiments, permettant à l'humanité de conserver ces magnifiques exemples d'architecture et de décoration qu'on admire aujourd'hui.
Mais la culture juive, ce n'est pas seulement les lieux de culte ni les objets présentés dans les vitrines du joli petit musée. Il y a aussi la musique. C'est un vide que la municipalité vient de combler. Depuis le début de l'année, chaque mardi, dans les locaux du musée est organisé un concert de musique juive. Un duo formé de la flûtiste Anna Fortis et de la pianiste Cristina Ciravolo, présente ainsi, à la demande de l'association CodessCultura (qui gère les services externes du musée du Ghetto), des pièces rarement jouées de musiciens juifs, mais aussi des pièces liturgiques connues, des sonates de musiciens morts dans les camps. Au programme figurent aussi des auteurs contemporains qui ont dédié certaines compositions aux martyrs de la Shoah. Les transcriptions pour flûte et piano entraînent toujours les auditeurs dans un univers fascinant que l'atmosphère vénitienne rend encore plus solennelle et raffinée. Désormais, en plus des collections du musée et de la visite des synagogues, le visiteur peut pénétrer un pan nouveau de cette culture dont on sait aujourd'hui l'importance pour notre civilisation contemporaine.
Museo Ebraico di Venezia.
Cannaregio 1107, Calle del Forno
Chaque mardi, à 17h.30; jusqu'au 24/06/08.
Tarif plein : 12 €, tarif réduit : 10 €.