25 mars 2008

TraMezziniMag Galerie : Une grande artiste de la Renaissance qui fut presque reine

En classant des papiers - activité qui m’occupe souvent tant cela s’entasse chez moi - j’ai retrouvé des lettres de Violaine Laveaux, une grande amie qui était élève à l’Accademia quand j'étudiais à San Sebastiano. Nous étions très liés et notre perception de Venise comme de l’art en général était très proche. Frère et sœur d’âme comme elle se plaisait à dire. Nous passions des soirées entières dans le silence de la bibliothèque Querini-Stampalia où nous régalions des livres d’Evdokimov sur les icônes, des textes d'Elie Faure ou de Vasari.
Féministe dans le sens le plus noble du terme, elle m’a fait découvrir l’art au féminin. Pas seulement l’image de la femme mais l’image que la femme a eu de l’art au cours des siècles. Dans la Venise du XVIIIe, Rosalba Carrierà était un bon exemple. Mais elle me fit découvrir surtout une artiste incomparable méconnue, qui n’est jamais venue à Venise à ma connaissance, mais dont les œuvres ont orné ou ornent encore les murs de certains palais, commandées ou achetées par des patriciens vénitiens qui entendirent parler de cette femme extraordinaire morte à presque cent ans, épouse du vice-roi de Sicile, protégée du roi d’Espagne à la cour duquel elle vécut, égérie de Van Dick et élève attentive dans sa jeunesse de Giulio Campi, de Crémone comme elle, elle fut encouragée par Michel-Ange et par Vasari qui ne tarissait pas d'éloges à son égard.
Sans rentrer dans une réflexion approfondie sur l’œuvre de ce peintre et de son époque, je voudrais vous présenter quelques uns de ses tableaux, qui méritent vraiment d’être connus. C’est un personnage de roman et certaines de ses toiles sont l’illustration d’un monde incroyablement riche, vivant, rutilant que le mot « maniérisme » ne traduit pas vraiment ou traduit mal en fait. Mais je ne vous ai toujours pas dit son nom. Tout un programme déjà : je vous présente Sofonisba Anguissola. Elle est la première grande artiste de la Renaissance. Avec sa soeur (peintre elle aussi), elle reçut une éducation très moderne. Son père lui donna les meilleurs professeurs à une époque où on laissait le plus souvent les filles dans l'ignorance, les préparant au mariage ou au couvent. Elle suivit les leçons du peintre Campi dans son atelier, au milieu des jeunes apprentis mâles. Elle voyagea beaucoup et fut dès son enfance très indépendante, très ouverte. Sa peinture est remarquable. Les portraits qu'elle a laissé plurent tellement que l'aristocratie espagnole se bousculait chez elle et que les commandes ne tarirent jamais. Le roi l'aimait comme sa fille et il la maria à un grand d'Espagne, un jeune prince qui fut nommé vice-roi de Sicile. Elle régna pour un temps sur Palerme mais, son tendre époux disparu, elle reprit vite le chemin de Crémone. Elle continua à y peindre, s'étant remariée avec un très jeune capitaine qui l'avait escorté sur le chemin, à son retour de Palerme. Riche de l'amitié des plus grands, intelligente, brillante, nantie d'une belle rente que lui faisait le roi d'Espagne, elle vécut jusqu'en 1624. Elle avait 94 ans et, presque aveugle (la cataracte !), elle fit son dernier autoportrait quelques mois avant sa mort. Son mari dressa un monument le jour de son centième anniversaire où il chante l'apologie de cette femme extraordinaire dont la vie fut un roman et la carrière un pied de nez aux intégristes de tous les temps qui veulent contraindre la femme à n'être qu'une suivante, une maîtresse et une mère. Regardez bien, elle devait être très jolie. Sa peinture est splendide. Joyeuse, profonde, chatoyante.
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1 commentaires:

Anonyme a dit…

il existe un superbe livre sur cette femme extraordinaire chez Rizzoli