31 décembre 2008

Vous prendrez bien un spritz !

28 décembre 2008

Au petit matin

Ce que je préfère, l'hiver à Venise, c'est le matin très tôt. Quand le temps est bien froid, mais sec. Le jour à peine levé, la ville encore toute engourdie peu à peu s'ébroue. Sortir de la maison, et la porte doucement refermée sur ma tribu encore endormie, partir à la rencontre de cet univers matutinal de la Venise au petit matin. Un plaisir sans cesse renouvelé.
Quelque soit l'endroit où mes pas me portent, la sensation est la même. Semblable en tous points à ce qu'on ressent à se promener à l'aube par les chemins creux en pleine campagne, dans ces paysages vallonnés qu'on trouve ici dans les piémonts comme on les retrouve dans les Pyrénées basques ou béarnais. Le silence règne encore mais, peu à peu, de nombreux bruits familiers se répandent. Le chant de quelques oiseaux courageux qui appellent le soleil, le moteur des barques, la conversation des gondoliers qui se retrouvent au café. Une cloche qui sonne et une autre qui lui répond...
Les rideaux des boutiques remontent peu à peu. Il y a d'abord les bars et les pâtisseries, les épiceries, les kiosques à journaux, puis les restaurants. La petite église est éclairée. Une vieille femme balaie le seuil. Un parfum de bougies et d'encens se faufile aux alentours. Quelques silhouettes noires se faufilent entre les lourdes tentures de l'entrée. Le livreur de pain, le visage emmitouflé dans une longue écharpe jaune, passe rapidement avec son chariot. Il y a quelques années encore, on voyait les petits apprentis passer en sifflotant un air à la mode, avec plateaux et paniers calés sur la tête. Le néon des cafés n'a pas ici ce côté glauque qu'on déplore dans les autres villes du monde. Le patron derrière son comptoir distribue cafés et verres de grappa, la jeune employée - parfois la fille de la maison - sert les croissants et les brioches. Il n'y a pas encore de sandwiches. Les tramezzini ne seront prêts que plus tard. Tout le monde se connaît et la population du petit matin à Venise forme une grande famille. On commente les nouvelles du journal. Comme partout ailleurs, football et scandales politiques occupent les esprits qui s'échauffent. Le fleuriste vient d'arriver. Il dispose sa marchandise, remplit les brocs d'eau et chante sa rengaine, objet des même plaisanteries chaque jour. Il s'énerve pour la forme. C'est un rite. Un peu plus loin, au marché, les barques accostent depuis plusieurs heures maintenant, livrant leurs cargaisons de fruits et de légumes. Le traghetto de Santa Fosca amène déjà les ménagères et les employés qui se rendent à leur travail. On se parle de comptoir à comptoir, les étals se remplissent de couleurs et d'odeurs. La sirène d'une ambulance ou d'une vedette de la police sur le grand canal trouble un instant la tranquillité des lieux. L'absence de circulation automobile rend les sons plus affinés, le silence est plus profond.
Après le marché et la fébrilité qui monte, j'aime continuer mon chemin vers Cannaregio et les Fondamente Nuove. Là le vent est souvent glacial et le silence perturbé seulement par le bruit des bateaux. Le brouillard y reste plus longtemps qu'ailleurs et on peut marcher longtemps sans jamais être dérangé dans sa méditation. Au loin San Michele et Murano sont comme des tâches de pastel sur un fonds uniformément gris. Mais d'un gris-vert, plein de promesses. Tout au bout des quais, une ruelle qui serpente entre de très hautes bâtisses, mène à un campiello où se trouve un petit bar. A l'écart de tout, il n'est connu que des vénitiens. Il n'a pas changé depuis des années. Le café qu'on y sert est délicieux, le lait mousseux et les croissants sont servis tièdes. Cinq ou six personnes en forment à cette heure la clientèle. Un vieil homme lit le journal, de jeunes mariniers discutent au comptoir. J'aime bien y rester un moment avant de reprendre ma promenade. Lorsque je rentre, la maisonnée émerge peu à peu. L'odeur du café et du chocolat chaud, celle du pain grillé et des croissants frais fourrés à la gelée d'abricot, que je ramène, autant d"effluves magiques qui auront raison des plus grincheux. Tout le monde sera bientôt réuni autour de la table du petit déjeuner. La nappe à carreaux bleus, un bouquet de renoncules, le Gazzettino plié dans un coin et le chat qui observe. La discussion sera animée, la bonne humeur assurée, avec la sempiternelle question :"que fait-on aujourd'hui ?". Un rayon de soleil éclaire les miettes sur la table...

26 décembre 2008

Brume sur la Giudecca

Le brouillard se fait parfois tellement dense qu'on ne peut plus naviguer. Dans les rues, la sensation est la même qu'à Londres avec le smog. Quelque chose de magique et d'un peu effrayant aussi. On croise des silhouettes qui semblent surgir de nulle part et nous frôlent sans bruit. La ville est comme empaquetée dans de la ouate, encore plus silencieuse, encore plus attirante. J'ai connu dans les années 80 une fin d'après-midi incroyable. Il faisait tellement froid que les transformateurs qui fournissaient l'électricité du centre historique avaient sauté. Le brouillard était de plomb. Le soleil couché, la ville était dans le noir total avec un brouillard vraiment très dense. Quelques lumières, des bougies, des lampes de poche apparurent ça et là. J'ai mis ce soir là plusieurs heures pour ramener à leur hôtel des amis venus me rendre visite. et rentre chez moi du côté de la Strada Nova. C'était au moment du carnaval. On croisait de temps à autres des masques, dont les couleurs surgissant du noir faisaient l'effet d'un feu d'artifice, pour disparaître l'instant d'après dans le néant. On entendait sans les voir le cliquetis des cordages et le bruit de l'eau sur les quais des canaux. Les pierres d'Istrie qui bordent les canaux semblaient phosphorescentes. Le grand canal devenait le Styx ou l'Achéron et nous cherchions Charon. Une expérience incroyable. Angoissante. J'avais vécu un peu la même chose, jeune adolescent, dans les rues de Londres, quelques années plus tôt. Retrouver la bouche du métro du côté de Leicester Square me prit de longues minutes. On ne voyait pas à deux pas et les grands bus rouges étaient précédés par des contrôleurs munis de lampes tempêtes. Je me tenais parfois aux grilles des maisons pour être sur de rester sur le bon chemin. Parfois un passant me heurtait au détour d'une rue. Finalement je parvins à bon port, ravi de m'engouffrer dans le métro, chaud et bien éclairé. A mon arrivée - j'habitais à Finchley - plus trace de brouillard, le ciel était dégagé et rempli d'étoiles...

25 décembre 2008

Reflets

En regardant cette très belle photo qu'un lecteur vient de m'envoyer avec ses voeux, je ne puis m'empêcher d'entendre la voix d'Alan Bergius, l'extraordinaire jeune soprano du Tölzer Knabenchor d'il y a vingt cinq ans, que dirigeait Nikolaus Harnoncourt, dans l'air fameux de la cantate BWV 147 de Johan Sebastian Bach. Une impression de sérénité et de paix. On imagine un après-midi d'hiver... Un de ces dimanches ensoleillés où l'air froid donne envie de respirer à pleins poumons comme à la montagne lorsqu'il vient de neiger. Chaudement vêtu et muni de bonnes chaussures, le plaisir d'aller sans but précis à travers les ruelles de la ville presque déserte... On devine dans les maisons les familles attablées, quelques barques glissent sur les canaux. Une cloche sonne, une autre lui répond. Un chat dort au soleil, un chien passe en courant le nez au vent. Ce genre de petits moments paisibles où on ressent avec tout son être une plénitude que la musique de Bach sait si bien transcrire pour nous en offrir comme un souvenir...
Photographie © Pierre Duquoc

Buon Natale avec Nat King Cole


Découvrez Nat King Cole!

24 décembre 2008

Felice Natale a tutti !

Pour ce quatrième Noël depuis la naissance de Tramezzinimag, laissez-moi vous souhaiter de tout coeur une très heureuse et très joyeuse fête. Quelque soient vos convictions et votre religion, la naissance de l'Enfant-Roi ne peut laisser indifférent.
Symbole d'innocence, de fraternité retrouvée et de paix, l'enfant dans la crèche parle encore aux hommes depuis plus de deux mille ans. Que les festivités qui entourent la commémoration de son arrivée parmi nous soient autant d'occasions de vous réconcilier avec ceux dont vous vous êtes éloignés, de dire à ceux qui vous entourent combien vous les aimez, aux parents de dire à leurs enfants combien ils sont fiers d'eux, aux amis de bénir leur amitié.
Que vous soyez à Venise ou ailleurs, amis lecteurs, Joyeux Noël à vous tous et mille mercis pour votre félicité et votre soutien !
Et que Babbo Natale vous comble de cadeaux et l'année qui vient de bienfaits ! Mais laissons les enfants chanter leurs voeux : per voi tutti, una casa piena di amore, una casa piena di felicità ! (pour vous tous, une maison pleine d'amour, une maison pleine de bonheur ! ). Et un clin d'oeil à cette dame charmante et passionnée, fidèle lectrice de Tramezzinimag, rencontrée cet après-midi dans un magasin. Je lui souhaite de bientôt pouvoir retourner boire un prosecco chez Boldrini.


23 décembre 2008

Bienvenu à Ca'Farsetti* sur Facebook !

Ça y est, c'est officiel ! Le journal l'annonçait ce matin : Venise est sur Facebook.
Pour devenir fan, un seul lien : http://it-it.facebook.com /pages/Venezia-Italy/ Comune-di-Venezia/40209203564 . La Municipalité est maintenant présente sur ce réseau social de plus en plus prisé par les internautes. Avec 160 millions d'usagers, Facebook offre à Venise et à ses évènements, une lisibilité encore plus importante.
On apprend ainsi que ce site est le troisième plus visité d'Italie. On y trouve depuis hier toutes les informations publiées par la Municipalité de Venise, les communiqués de presse, les évènements de chaque jour, mais aussi des vidéos et le bulletin audio hebdomadaire. On peut s'abonner à la newsletter publiée par la Municipalité et lire les informations des services de consommateurs. C'est encore en phase-test, mais de nombreuses améliorations sont prévues dans les prochaines semaines.
Enzo Bon, le responsable du site www.comune.venezia.it est persuadé que Facebook est le meilleur moyen de communication actuel, pour atteindre les jeunes notamment. Quant à Michele Vianello (rien à voir avec le collègue du commissaire Brunetti dans les romans de Donna Leon), il se réjouit d'un "apport croissant de la philosophie du Web 2.0 à la réflexion de la commune pour une plus grande transparence, un meilleur partage des évènements et des faits, et un usage optimal à coût zéro des ressources et des possibilités de la toile".
Notons en passant, pour la gloriole, que Tramezzinimag est présent sur Facebook depuis plusieurs mois maintenant !
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* Ca'Farsetti est le siège de la Municipalité, sur le Grand Canal, près du Rialto.

22 décembre 2008

Acqua Alta du 11 décembre 2008

Dix jours après la très haute marée du lundi 1er décembre, Venise a connu des conditions climatiques similaires mais heureusement le vent n'a pas soufflé de la même manière et les eaux ne sont pas montées comme elles le firent ce fameux lundi. On peut voir que les passerelles de bois sont largement au-dessus de l'eau sur la piazzetta et devant san Marco. Ce qui n'était pas le cas lors de la montée catastrophique du 1er décembre, où elles furent largement recouvertes rendant impossible leur utilisation. Voici une viédo diffusée par la Municipalité sur YouTube.

21 décembre 2008

Pranzo di Natale

Ecco il menù di Tramezzinimag. Voici donc le menu de Noël de Tramezzinimag, recettes de tradition familiale élaborées du temps où la famille vivait à Venise. Quand j'étais membre de la célèbre Accademia Italiana della Cucina, j'ai rencontré des homologues de Venise qui possédaient des variantes de ces plats. Une cuisine de tradition mais qui s'autorise tout de même quelques touches de goût du jour. Au menu donc de ce repas de fête (proportions pour six personnes) :
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Aumônières Balthazar
Pintade Omar
Crème blanche meringuée au sabayon d'orange

Aumônières Balthazar
Ingrédients : 6 crêpes assez fines, 6 jolies cailles bien charnues, 200 gr. de foie gras ou de mousse de foie gras, 40 gr. de truffes noires ou blanches, une boîte de jus de truffes, 1 verre de cognac, 60 gr. de beurre, 2 gousses d'ail (dont une écrasée), 100 gr. de pignons de pins, huile d'olive, sel et poivre.
A l'aide d'un couteau fin et coupant, désosser entièrement les cailles pour les mettre à plat. Saler et poivrer. Récupérer les foies, les hacher et les faire blondir dans la moitié du beurre avec l'ail écrasé. Les ajouter au foie gras ainsi que les truffes grossièrement hachées. Saler et poivrer légèrement. Déposer un peu de cette farce dans chaque caille. Reconstituer les oiseaux en enfermant bien la farce et en ficelant vigoureusement.
Dans une sauteuse, faire chauffer l'huile. Quand elle grésille (mais sans qu'elle fume), y faire dorer les cailles. Réduire le feu et couvrir. Laisser mijoter environ 20 minutes.
Pendant ce temps, passer rapidement à la poêle les pignons de pin dans le reste de beurre. Ils doivent être dorés. Les réserver.
Quand les cailles sont cuites, les poser chacune sur une crêpe. Parsemer de pignons et refermer la crêpe en aumônière en la liant avec un ruban de papier aluminium. Tenir le tout au chaud à l'entrée du four.
Déglacer la sauteuse avec le cognac et le jus de truffes. Faire bouillir en grattant bien le fond avec une fourchette sur laquelle vous aurez piqué une gousse d'ail. Servir cette sauce bien chaude dans une saucière en même temps que les cailles. On peut servir avec un assortiment de petits légumes mêlés aux pignons restant. Variante : les légumes frits avec les pignons sont mélangés à la sauce et versés au moment de servir sur les aumônières.
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Pintade Omar
Ingrédients : une belle pintade, 2 gros oignons, 1 carotte, des clous de girofle, thym, laurier, estragon, persil, sel et poivre. Pour la sauce : 1 cuillère à soupe d'huile d'olive, 3 cuillères à soupe de farine, 2 cuillères à café de paprika, 75 gr. de parmesan, 100 gr. de crème fraîche ( ou de crème soja pour faire plus léger), 2 cuillères à café de purée de tomates. Cognac (ou armagnac).
Mettre 1 litre et demi d'eau dans une grande cocotte avec les herbes, les aromates, les oignons piqués de clous de girofle. Porter doucement à ébullition puis déposer la volaille coupée en morceaux. Saler, poivrer. Laisser cuire 1 heure 30 à petit feu.
Retirer les morceaux de pintade à l'écumoire et les placer dans un plat à gratin. Garder le bouillon.
Dans une petite casserole à fond épais, mettre à chauffer l'huile puis la purée de tomates et la farine. Travailler le mélange. Mouiller avec 1/2 litre de bouillon de cuisson. Ajouter le paprika et le cognac. Laisser bouillir quelques minutes sans cesser de remuer.
Hors du feu, ajouter le fromage râpé et la crème. Napper le poulet de cette sauce qui doit être onctueuse mais pas trop épaisse, et faire dorer à four chaud.
Servir avec de la polenta grillée, coupée à l'emporte pièce en forme de sapin de Noël nappée de beurre.
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Crème blanche meringuée au sabayon d'orange
Pour le sabayon : 1,5 kg d'oranges, 100 gr. de fécule de pomme de terre, 100 gr. de sucre en poudre (cassonade ou sucre roux). zeste de citron vert et jaune.
Pour la crème : 6 cuillères à soupe de tapioca, 8 cuillères à soupe de sucre, 2 oeufs, 4 tasses de lait, 1 pincée de sel, 1 bâton de vanille.
Pour la sauce : 200 gr. de sucre glace, 1 citron jaune non traité, 50 gr. de pralin, 1 morceau d'angélique confite, 40 gr. de raisins de Corinthe, Grappa.
Presser les oranges pour obtenir 1 litre de jus. Délayer le jus dans un grand bol avec le sucre et la fécule. Ajouter des petits morceaux de zeste d'orange et de citron vert et jaune. Mettre sur le feu jusqu'à ébullition sans cesser de remuer. L'appareil doit avoir une consistance de crème épaisse sans grumeaux. Verser dans les coupes de service. Mettre au frais.
Faire bouillir le lait avec le sel et la vanille préalablement écorchée dans le sens de la longueur avec un couteau pointu. Quand le lait bout, verser le tapioca en pluie. Cuire 2 à 3 minutes, ajouter le sucre et les jaunes d'oeufs dilués dans un peu de lait. Faire cuire 2 minutes sans cesser de remuer. Ajouter la grappa. Battre les blancs en neige très ferme, les verser en mélangeant délicatement dans le tapioca avec le pralin. Verser dans les coupes déjà remplies à moitié de sabayon. Mettre au frigo.
Faire tremper l'angélique et les raisins dans de la grappa.
Au moment de servir, faire fondre le sucre glace avec un peu de citron et d'eau à feu très doux dans une casserole épaisse et mettre les zestes d'orange, de citrons jaune et vert dans une autre casserole en les recouvrant d'eau froide. Faire bouillir 5 minutes puis sortir les zestes et les laisser refroidir. Les hacher en julienne très fine. Réserver l'eau de cuisson. Lorsque le sucre est fondu, mouiller le caramel ainsi obtenu avec l'eau de cuisson des zeste, ajouter la julienne de zeste, les fruits confits, en remuant bien pour obtenir une certaine consistance. Ajouter le Cointreau.
Napper la crème avec cette sauce, décorer avec des raisins de Corinthe, le reste de la julienne, et de pralin.
Servir avec un Malvasia dolce di Casorzo ou le délicieux Moscato d'Asti millésimé de la famille Batasiolo.
N.B. : On peut ajouter à la grappa, un 1/2 verre de Cointreau ou du vin doux choisi pour accompagner le dessert. Il existe une variante au Sauternes et c'est aussi délicieux avec du Champagne mélangé au Cointreau.

15 décembre 2008

Le chat du voisin

Combien ils sont heureux à Venise, sous la protection de leur illustre cousin ailé, le Lion de San Marco. Pourtant, ils sont de moins en moins nombreux. Une vieille légende dit que lorsque le dernier chat de la ville s'éteindra, la Sérénissime disparaîtra. Plaise à dieu que cela ne se produise jamais. En tout cas, les matous doivent être au courant de la terrible histoire, ils se gaussent et font les fiers, Venise est à eux et n'existent pas sans eux. Ils l'ont sauvé tellement de fois, en chassant les rats porteurs de tant de maladies...

14 décembre 2008

Délices et gourmandises

Le temps de Noël est là. Venise a maquillé ses blessures avec de jolies décorations et la magie de Natale a pris le dessus. Les enfants excités badent devant les vitrines illuminées, on croise partout des grandes personnes très affairées, les bras chargés de sacs et de paquets. Sapins de Noël et guirlandes, gondoliers déguisés en Babbo natale… Venise se prépare. Mais qu’est ce qui se trame dans les cuisines ? Quels plats vont faire leur apparition sur la table du saint jour ?
Chaque année, le Gazzettino organise un concours des meilleurs menus de Noël. Et si nous faisions de même à Tramezzinimag ? Règle du jeu : présenter avant Noël un menu complet (entrée, plat principal, dessert) original mais uniquement basé sur les principes de cette fameuse "dieta mediterraneana" dont il est convenu de dire aujourd’hui qu’elle est un gage de bonne santé. Alors, à vos claviers.
Envoyez-nous votre menu avec les recettes détaillées avant le 20 décembre. Cela doit être d’inspiration italienne sinon vénitienne. Le meilleur sera publié et le lauréat recevra un cadeau surprise ! Bon appétit et bons préparatifs !

13 décembre 2008

Il était justement sur la lagune l'autre jour


Le président du conseil s'est rendu il y a peu à Murano pour faire quelques emplettes. Il s'agissait d'acheter des cadeaux pour les chefs d'Etat et de gouvernement qu'il doit recevoir pour un de ces sommets dont il raffole. Le Gazzettino racontait que de nombreux vénitiens se sont précipités pour faire des photos et demander un autographe. La rumeur dit plutôt que beaucoup de gens sont rentrés chez eux pour ne pas avoir à lui lancer des bordées de jurons. Chacun penchera pour la version qui lui convient...

12 décembre 2008

Un cas de peste à Venise, juste pour se souvenir du passé.

De terribles souvenirs sont revenus à l’esprit des vénitiens ces derniers jours. Un vicentin revenu depuis peu de Madras vient d’être hospitalisé à l’hôpital de Venise. Il a malheureusement contracté en Inde le virus de la peste.
Cette maladie terrifiante qui laissa de terribles marques dans le monde et marqua l’histoire de Venise à plusieurs reprises avec des centaines de milliers de morts. L’épidémie se répandait d’autant plus vite que les gens avaient pris l’habitude de se réunir nombreux dans les églises pour prier contre la peste ce qui facilitait la transmission de la maladie. La recommandation à l’époque était de rester très vêtu et comme l’hygiène n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, les puces pullulaient et transmettaient elles aussi le virus à qui mieux- mieux. Si elle reste grave, cette maladie se soigne désormais et on en guérit. Mais elle continue de faire peur au point que les services municipaux ont cru bon de publier des bulletins d’information pour rassurer la population. Peste, lèpre et choléra, ces maladies d’autrefois n’auront pas raison de Venise. C’est un autre genre de peste qui sévit de nos jours et qu’on ne sait pas encore éradiquer : la corruption et l’appât du gain facile, qui fait tant de mal à Venise et à l’Italie en général. A propos saviez-vous que Berlusconi sort pour Noël un nouveau disque de chansons d'amour (composées par lui parait-il) ? Saviez-vous aussi que le commendatore a commencé sa vie professionnelle en poussant la chansonnette dans des guinguettes pour touristes ?

11 décembre 2008

Un matin ensoleillé


Pas chaud ce matin à Venise. 8° sur la fenêtre. Mais un soleil décidé à briller toute la journée. Le ciel est clair, d'un bleu pâle mais pas un nuage, le vent froid les aura chassé. Peu de monde. les enfants sont à l'école. les grands s'affairent. Les préparatifs de Noël vont bon train. On croise dans les rues des gens avec de beaux sapins, d'autres les bras chargés de paquets. Une animation joyeuse sur la Lista di Spagna autour des étals des marchands. Campo Sto Stefano, le marché de Noël attire les vénitiens petits et grands. A Cannaregio, ceux sont les magnifiques santons de la crèche installée dans la nef de la Maddalena qui déplacent la foule. A San Polo, après l'aqua alta de samedi, le quartier peut enfin voir fonctionner le tri sélectif des ordures récemment mis en place. On devrait voir moins de déchets en tous genres flotter au gré des canaux.
L'hiver arrive. Les odeurs et la lumière changent. Les touristes se font moins présents. La vie redevient plus calme. Le rythme plus lent. Venise en hiver, épreuve redoutable pour qui s'installe ici sans connaître grand monde et avec l'habitude et les réflexes du citadin occidental. A Venise, on ne vit jamais comme ailleurs et chaque démarche prend une tournure différente. Aller modifier son abonnement au gaz ou à l'eau par exemple, n'a rien à voir avec l'équivalent dans une quelconque ville de France. L'administration est dans un palais du XVe, il faut passer un petit pont qui enjambe un des plus pittoresques canaux de la ville. Le mélange des publicités, du mobilier de bureau avec le sol en terrazzo datant de la Renaissance, et les grands plafonds ornés, rien que ce décor déroute.
Et puis il y a le silence. En hiver, tout est feutré, encore plus calme, encore plus mystérieux quand la nuit qui tombe vite modifie tous les repères. Et puis l'aqua alta qui force à changer de chemin, le brouillard qui égare les plus habitués. Venise en hiver est comme un rêve. certains fuient. D'autres s'en délectent.

Récit revu et corrigé déjà paru dans Tramezzinimag, le 11 décembre 2006.

Les photos de Luca et Daniela

Allez jeter un coup d'oeil sur l'article de l'excellent site e-venise.com. Nos amis Luca et Daniela ont publié une série de photos de l'acqua alta du 1er décembre, prises sur le vif. Avec le reportage d'Eric Valmir et les billets de Tramezzinimag (et pour ceux qui comprennent l'italien, le billet de Roberto Ferrucci sur son blog), vous aurez ainsi fait le tour du sujet et vous pourrez dans vos dîners en ville répandre la vraie bonne parole sur Venise. Vous savez quand votre voisin vous lance avec assurance "Venise s'enfonce, c'est terrible, non ?" et que vous aimeriez bien planter votre fourchette entre ses deux yeux, fatigués par tant de lieux communs assénés entre la poire et le fromage.
© e-venise.com - Droits Réservés.

10 décembre 2008

Venite fare un giro con noi ? *

* Vous venez faire un tour avec nous ?

09 décembre 2008

Venise sur France Inter : La triste vérité est quand même agréable à entendre car c'est au moins la vérité

La couverture médiatique de la récente acqua alta a été pour le moins d'une ampleur proportionnelle à l'évènement. Pourtant, comme j'ai essayé de le faire comprendre dans mes derniers billets, ce n'est pas tant cette montée des eaux d'une hauteur exceptionnelle qui mérite l'attention du monde. C'est le pourquoi de cette situation et la résurgence des problèmes fondamentaux que personne à ce jour ne sait comment résoudre vraiment. Le journaliste Eric Valmir vient de réaliser un reportage sur la cité des doges. A ma connaissance, c'est la seule voix qui a dit sur les ondes ce qu'il fallait dire de l'évènement.
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Eric Valmir est un journaliste heureux : il est le correspondant de Radio France à Rome ! Ce jeune homme brillant, auteur de "Toute une nuit", agréable roman paru il y a deux ou trois ans chez Robert Laffont, écrit et parle bien. Il semble parfaitement à sa place en Italie. Son blog montre combien il connaît ce pays et combien il le comprend. C'est plutôt rare en fait pour un français.
Cette drôle d"animosité qui sévit entre nos deux pays, il la montre du doigt avec une gentille ironie. Je vous recommande son billet sur les petits plaisirs italiens (cliquer ici). Il décrit, explique, commente avec un autre regard. Qu'il aborde des sujets sérieux ou brosse des portraits humoristiques, nos cousins italiens sont présentés avec intelligence et respect. Ses chroniques sont toujours teintées d'une sorte de réserve qui n'a rien à voir avec la bonne éducation. il s'agit bien plutôt de ce qui manque cruellement à beaucoup de journalistes souvent plus connus : l'intelligence du coeur...
Il m'avait contacté il y a quelques semaines, dans la perspective de faire un reportage sur Venise. C'était avant l'acqua alta du 1er décembre. Malheureusement, je n'étais pas à Venise à ce moment-là. Il devait s'y rendre au début du mois et rencontrer des vénitiens et des français qui y vivent. Il voulait montrer une Venise différente, en proie à ses difficultés, montrer le vrai visage de la Sérénissime. Arrivé peu après l'acqua alta, son commentaire sonne juste. Il a compris Venise comme peu de journalistes la comprenne. Lisez son texte (cliquer ici).
Que mes lecteurs ne se trompent pas. Mes propos n'ont pas l'intention de flatter Eric Valmir parce qu'il a bien voulu citer en référence mon Tramezzinimag. C'est certes une joie - et un honneur - que cette reconnaissance implicite. Bien sûr. Mais ce qui m'enthousiasme aujourd'hui, c'est de voir que les idées développées au fil des années sur mon site, et que partagent mes fidèles lecteurs, sont partagées par de nombreuses personnes et que ce journaliste vient de relayer notre opinion. Son livre d'entretien avec le Cardinal Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, ce brillantissime papabile d'Amérique latine montre, s'il était besoin, la richesse intellectuelle, l'esprit, la rigueur et l'honnêteté de Valmir. Si Tramezzinimag était une république, Eric Valmir en serait citoyen d'honneur ! Il fait davantage pour l'amitié franco-italienne que les grands discours de Messieurs. Berlusconi et Sarkozy, vous en conviendrez. Écoutez son reportage sur le site de France Inter et vous comprendrez : http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/reporter/
Sur le sujet, c'est on ne peut plus complet. Les personnes interrogées sont parfaitement choisies. La jeune femme qui donne le ressenti des habitants, l'entretien avec l'écrivain Roberto Ferrucci est édifiant. Les propos de Massimo Cacciari sur le projet M.O.S.E., empêchent d'aller plus avant dans la polémique car là, tout est dit.

08 décembre 2008

Opportunisme

Je ne sais s'il faut en rire ou en pleurer. Franco Maschietto, le président du syndicat des hôteliers de Venise vient de publier un communiqué assez décalé. En effet, prenant acte de la situation et conscient que le phénomène de l'acqua alta n'est pas près de disparaître, il propose une réflexion sur les moyens à mettre en place pour faire le meilleur usage de la montée des eaux. "Nous nous devons d'avoir un projet acqua alta" dit-il. Dans ce projet, en vrac : réductions substantielles des tarifs hôteliers au moment de l'acqua alta, fourniture de cuissardes (et non pas de bottes) aux clients, organisation de visites commentées avec présentation sur le vif du phénomène. Il se dit inspiré par le Mont Saint Michel et l'utilisation commerciale du spectacle des marées dans la baie... Puisque nous ne pouvons pas lutter, faisons du naufrage un spectacle qui rapporte encore plus d'argent et abaissons encore le niveau d'intérêt culturel des gogos en vacances à Venise. Vous ne trouvez pas cette idée remarquablement opportuniste, cynique et... malsaine ?

07 décembre 2008

Water Fashion Victim

© Lorenzo Marangon - Droits Réservés.

06 décembre 2008

Sans commentaire


Le chiffre, comme vous l'aurez compris, indique le niveau de l'eau le 1er décembre dernier au plus fort de la marée. © Luca Muscarà - Droits réservés.

05 décembre 2008

Connaissez-vous Filippo de Pisis ?

Ce peintre vénitien (1896-1956), qui a fait une carrière internationale est pour moi un des contemporains qui a le mieux perçu la lumière et l'âme de la Venise de notre temps, éternelle et pourtant tellement différente de celle que voyaient les Bellini, les Guardi ou Canaletto. Il a une manière unique de faire surgir par des traits et des couleurs nos sentiments et nos impressions. Ce sera le sujet de la prochaine Galerie de Tramezzinimag.


04 décembre 2008

Jacopo de Barbari nous guide dans Cannaregio



Bien que le temps ne semble pas vouloir s'améliorer, et que la colère des vénitiens nes'apaise que lentement, Tramezzinimag vous propose une petite promenade dans le temps. Il s'agit d'u petit film réalisé par un fidèle lecteur, que je tiens à remercier. Si la technique, un jour, nous permettait de passer à travers l'image comme les personnages de Jean Cocteau traversaient le miroir... Nous décrouvririons alors la Venise rêvée, celle que nos ancêtres ont pu connaître, avec la foule grouillante des marchands et des voyageurs, les échoppes regorgeant de marchandises précieuses, épices, soieries, verreries... Le quotidien d'un univers sans pareil, état indépendant et puissance redoutée de tous, redoutable république d'entrepreneurs, de banquiers et de marins, que le monde d'aujourd'hui affolerait par son inanité et sa bêtise.

02 décembre 2008

Acqua alta du 1er décembre : Le naufrage d'une ville

On va me reprocher certainement d'être soudain trop pessimiste et révolté. Tramezzinimag est un magazine virtuel qui se donne des airs superficiels avec ses chroniques sur les petits riens, ses recettes de cuisine et les extraits de mon journal. Part de rêve et bonheurs tranquilles. Pourtant avec cette marée, la quatrième plus forte Acqua Alta de tous les temps, il est temps de le crier haut et fort : Venise est en danger et sa sauvegarde ne peut attendre 2014. Six ans de travaux sont en effet nécessaires pour arriver à ce que les gigantesques portes mobiles du M.O.S.E. se mettent à fonctionner, sauf imprévus. L'aggravation du dérèglement climatique, la poursuite de conduites insouciantes de la part des industriels et des politiques, l'appât du gain immédiat, l'immobilisme et la lenteur de l'administration, comme hier la prééminence des intérêts particuliers, mettent aujourd'hui plus que jamais la ville en danger.
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Les techniques ancestrales abandonnée à tort.
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Depuis la création de la cité des doges, il y a eu de nombreuses inondations. Le peuple de Venise s'est adapté. Les constructions ont été modifiées, les infrastructures de la ville, les voies de circulation, les accès à la mer, l'estuaire et toutes les rivières qui se jettent dans la lagune ont été modifiées, aménagées, en des temps où l'homme n'avait pratiquement que ses bras comme machine-outil. Des ouvrages ingénieux ont permis à la République de Venise de résister aux intempéries et aux assauts de l'Adriatique. Cela a duré des siècles. Mais aujourd'hui, après avoir anéanti la République, les ennemis de Venise ont désarticulé dès 1793 tout son système de protection, ses méthodes de protection et de construction. Tout a sombré dans l'oubli pendant près de deux cents ans. Il a fallu la catastrophe de 1966 pour que les consciences s'éveillent et que des ingénieurs avisés fassent appel à des historiens pour rechercher les antiques usages. S'étonnant du peu de résistance des briques modernes, on a étudié la fabrication traditionnelle. On s'est rendu compte que la terre utilisée et le mode de cuisson aboutissait à une réaction chimique qui protège naturellement la structure même du matériau de l'érosion. A la salinité naturelle s'est ajoutée la présence de toxines nées de la pollution. Les matériaux traditionnels résistent mieux que ceux de fabrication industrielle. On a compris aussi pourquoi les pali de bois enfoncés dans l'eau de la lagune depuis trente ans pourrissent aussi vite alors que certains sont en place depuis deux cents ans... Longtemps, le curetage des canaux qui incombait aux riverains sous la surveillance de l'administration, fut abandonné. L'envasement qui en résultait a provoqué plus de dommages que toutes inondations survenues en plusieurs siècles. La pollution et les modifications climatiques ont bon dos. C'est la bêtise de l'homme moderne qui est responsable avant tout. cet aveuglement qui nous a fait croire que la science et le progrès auraient raison de toutes les difficultés. Nous avons cru pouvoir dompter la nature et c'est aujourd'hui la vengeance de la nature. A Venise comme ailleurs. Nous payons cher l'orgueil de ces 100 dernières années !
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Les vénitiens en colère.
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Un vieil ami vénitien, ancien magistrat, me disait tout à l'heure au téléphone sa rage : "Je ne suis pas du genre pessimiste, l'apocalypse n'est pas ma tasse de thé, mais là, je crois vraiment que nous arrivons au bout. Même un sursaut gigantesque ne parviendrait pas à sauver la Venise que nous adorons. Il est trop tard. Qui permettra aux gens de revenir s'installer ? Qui régulera le tourisme ? Qui recréera l'écosystème moribond ? Qui fera revenir les poissons, les mollusques et les oiseaux ? Chaque année des tas d'espèces disparaissent. Là où on recueillait le sel, on ramasse des hydrocarbures et des algues empoisonnées, là où on cultivait de quoi nourrir une République, on bâtit des résidences de luxe. Que veux-tu qu'on puisse sauver ?"
Les vénitiens sont en colère. On avait bien prévenu qu'il y avait un risque, mais personne ne pensait que la marée serait aussi dévastatrice. Sur le littoral, des kilomètres de plage ont disparu, les cabines de bain du Lido ont été emportés. A Chioggia, Sootomarino, Malamocco, Burano, l'eau a fait de nombreux dégâts. Un raz de marée. Les commerçants du centre historique ont passé la journée à pomper l'eau sale qui a tout emporté dans leurs boutiques. Une journée de travail de moins pour les restaurants et les bars. Pour certains, c'est l'ensemble des marchandises qui est détruit. le marché de Noël de Santo Stefano n'est plus qu'un dépôt d'immondices en tous genres. "Tout est par terre, un vrai champs de bataille" disaient hier soir des marchands en pleurs qui tentaient de sauver les restes de leurs marchandises, "on nous a laissé seuls, personne ne nous est venu en aide".
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L'impression d'avoir été abandonné par les autorités.
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Partout le même discours : "Aucune aide des pouvoirs publics. Il a fallu se débrouiller tout seul... Les pompes hydrauliques n'ont servi à rien... Il y en avait plus qui rentrait qu'il n'en sortait... Il aurait fallu des pompes industrielles, mais ici à Venise, à part les pompiers personne n'en a." A l'entrée du campo San Pantalon, Massimo Capelliari, qui tient le bar "impronta" raconte que l'eau a dépassé chez lui les 173 cm : "j'ai restauré le local il y a trois ans et il a été mis hors d'eau à 160 cm du niveau normal de l'eau, cette fois-ci j'avais 13cm d'eau dans le bar". Du côté de San Marco, tous les magasins sont restés fermés. A l'intérieur les commerçants se sont affairés toute la journée pour essayer de limiter les dégâts. "Un vrai désastre", disait en larmes Piera Bartoluzzi, l'herboriste de la Ruga Giuffa, qui a perdu la plus grande partie de son stock rentré pour Noël. Thés, tisanes, produits de beauté, des milliers d'euro perdus. La police est intervenue quand des jeunes gens en barque ont voulu se promener entre les arcades. La place était infranchissable même avec des cuissardes. Seuls quelques touristes et des jeunes vénitiens se sont amusés un petit moment dans l'eau mais le froid a eu raison de leur enthousiasme... Au Rialto, on a vu flotter de tout, des rats crevés, des caisses de bois, des sacs poubelle... Partout des immondices et parfois des odeurs pestilentielles à cause de la remontée des eaux usées et des égouts. Le responsable du magasin Play the game, principal vendeur de jeux vidéo de la ville, a perdu plusieurs milliers d'euro de marchandise, plusieurs consoles de jeux, imprimantes, scanner, ordinateurs. Lui aussi crie au désastre.... Même du côté de la Strada Nova, endroit le plus élevé de la ville, les dommages sont importants. "je n'ai jamais vu ça depuis 1966" déclare un torréfacteur. Pendant ce temps, les marchands de bottes en caoutchouc ont fait des affaires. A 11 heures, on n'en trouvait plus une seule paire en ville. le malheur des uns faisant toujours la fortune des autres, les prix ont flambé en quelques heures. De 20 euros, on a vu des articles se négocier jusqu'à 100 euros au plus fort de l'acqua alta !
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Les monuments et leur contenu sont menacés.
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A la Marciana, comme à l'Archivio di Stato (lieu historique où sont conservées toutes les archives de la Sérénissime), et au palais des doges, on a frisé la catastrophe. La surintendante Renata Codelli s'inquiète vraiment. Quelques centimètres de plus et certaines réserves étaient touchées : "nous sommes arrivés à la limite du supportable. Ce qui est le plus préoccupant c'est le reflux des eaux qui s'est fait très lentement. Ces hautes marées ne se produisaient autrefois que tous les vingt ou vingt cinq ans. Si le phénomène se reproduit, nous pouvons craindre le pire". Si demain une nouvelle acqua alta, plus importante surgit, il sera impossible de garantir la sécurité des milliers de documents entreposés dans les salles des rez-de-chaussée, même surélevés des bâtiments des Frari comme de ceux de la Piazzetta. Imaginer les manuscrits précieux, les plans et les cartes, les incunables et les registres de mille ans de République partir au fil des eaux sales, me fait froid dans le dos.
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Lycéens et étudiants ont fait preuve de présence d'esprit et de civisme.
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Alors que la Ca'Foscari était envahie par les eaux et que le niveau ne cessait de monter, les étudiants ont entrepris de transporter aux étages tout ce qui pouvait souffrir de l'acqua alta, sauvant ainsi des matériels informatiques, des documents. Un peu plus loin, au Lycée Foscarini, les élèves se sont précipités dans la salle qui abrite le petit musée de Physique Antonio Maria Traversis aménagé il y a quelques années avec les collections de l'établissement. Ce sont près de 500 instruments de mathématiques, physique et astronomie, souvent rares, datant des XVIIe et XVIIIe siècles (galvanomètre de Nobili, boussole de l'abbé Camini de 1750, compas de Luvsberg de 1677, etc.), qui ont ainsi pu être sauvés grâce aux jeunes gens. "L'eau commençait à pénétrer dans les vitrines quand les élèves sont allés spontanément sauver le musée" explique le proviseur, Pierandrea Malfi. A l'école Renier Michiel, les cours ont pu avoir lieu. Seul l'ascenseur était en panne et il a fallu organiser des pontons de fortune avec les bancs du réfectoire pour permettre aux repas provenant des cuisines de San Girolamo d'être acheminés dans la salle. Les enfants ont déjeuné un peu plus tard que d'habitude. En revanche, les élèves de l'école primaire Dante Alghieri ont attendu en vain leur déjeuner. Il a fallu appeler les parents pour qu'ils viennent récupérer leur progéniture affamée. Quant à l'autre école de Dorsoduro, la maternelle Santa Teresa, elle est restée fermée, la cour et toutes les classes baignaient sous 40 cm d'eau...
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Une grève mal venue.
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Le mouvement des 40xVenezia (les quadras pour Venise), dont j'ai l'honneur de faire partie, a tiré la sonnette d'alarme devant cette eau qui montait à vue d'oeil, avec le vent qui n'a pas faibli de la journée ralentissant le reflux. De nombreuses questions se posent. Avant tout, comment la grève de l'ACTV n'a-t-elle pu être reportée devant l'imminence de ce qui aurait pu être une catastrophe ? Comment la défense d'intérêts particuliers a pu triompher de l'intérêt général ? On ne comprend pas comment le préfet et le maire, qui sont de par la loi investis des pleins pouvoirs en cas d'urgence, ne sont pas intervenus pour faire interdire ou reporter ce mouvement alors qu'on savait la veille que la marée dépasserait les 120 cm ? Les syndicats, devant l'importance de la marée, n'ont décidé de mettre fin à la grève que vers 13 heures !Inutile de préciser combien les bateaux sont utiles quand les passerelles destinées à circuler sont submergées (marées de plus de 1,20m), combien il est important de pouvoir prendre un bus pour rejoindre la terre ferme quand on est trempé jusqu"aux os et au bord de l'hypothermie... On n'a hélas pas fini de polémiquer là-dessus ! Le mouvement a réagi en temps réel alors que la sécurité civile ne s'est organisée qu'au moment du reflux. Et s'il y a avait eu des victimes ?
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Une alternative sans garantie de résultat : le M.O.S.E.
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Tout le monde se pose la question avec le Gazzettino : que ce serait-il passé si le MOSE était opérationnel ? Voilà plus de quarante ans qu'on en parle (en fait dès le lendemain de la catastrophe de 1966). Haute de presque deux mètres, cette gigantesque marée avait libéré les cerveaux des savants les plus brillants de la planète qui décidèrent de sauver Venise, avec en tête l'oriflamme de l'Unesco, après avoir pris conscience qu'il s'en était fallu de peu que Venise fut définitivement rayée des cartes de géographie. La polémique dure encore, en dépit des travaux qui n'avancent pas beaucoup. Il est vrai que cette gigantesque réalisation n'a son pareil nulle part au monde. Les calculs scientifiques démontrent que l'idée fonctionne mais dans la réalité ? Face à une nature capricieuse et de plus en plus dévoyée, est ce qu'une réalisation rationnelle peut l'emporter ? Il s'agit de défendre une ville unique dans une lagune fragile et tout aussi unique unique, par trois grandes bouches situées dans les trois passes d'accès à la mer, avec un port commercial d'un côté et industriel de l'autre pour éviter que les navires à fort tonnage ne pénètrent dans la lagune, comme c'est encore le cas aujourd'hui. Si l'ouvrage avait été en place, les trois bouches d'accès du Lido, de Malamocco et de Chioggia se seraient refermées dès l'alerte. Une heure avant, toute navigation aurait été suspendue. Les grands blocs d'acier et de béton se seraient refermés sur la lagune, protégeant Venise de marées allant jusqu'à trois mètres de haut (le double de 1966). On peut penser que personne ne ce serait aperçu de rien, sauf à être devant le MOSE, au moment de la marée et de la mise en mouvement des cloisons géantes. Ces immenses digues sont censées contribuer à remanier la lagune en l'aidant à retrouver ses fonds d'origine et par là même à reconstituer son écosystème unique au monde. Mais ne rêvons pas, personne ne l'a encore jamais expérimenté en vrai et l'ouvrage ne sera opérationnel qu'en 2014 (au mieux !).

Acqua Alta : les premières images du chaos

Faudra-t-il que l'eau revienne et monte encore plus haut pour que le monde comprenne que Venise n'a pas cessé d'être en danger de mort depuis les inindations de 1966 ? A ceux qui réclamaient dès la nuit dernière que soit décrété l'état d'urgence et que le gouvernement déclare l'acqua alta d'hier comme catastrophe naturelle, ouvrant la vanne de ces indemnisations plus ou moins abusives dont l'Italie n'a malheureusement pas l'exclusivité, Massimo Cacciari a répondu qu'il n'y avait ni dommages de grande importance, ni morts, ni blessés. Et pourtant, il y a quelque chose qui meurt à chaque instant à Venise. Les dégradations s'accélèrent, la ville continue de se vider de sa population active, l'inconfort et les difficultés pour vivre et se loger deviennent pour les plus fragiles, les moins bien lotis, jeunes ménages, vieillards à faibles revenus, étudiants, demandeurs d'emploi ; toute cette humanité touchée de plein fouet par la crise et qui a parfois l'impression de devenir la faune d'une ménagerie visitée par plus de vingt millions de touristes chaque année. Quand on regarde ces images, quand on voit les boutiques fermées, la piazza vide, les rideaux baissés, les déchets qui flottent à la surface d'une eau que rien ne parait pouvoir dompter, on ne peut qu'être révolté.



Depuis 1966, qu'est ce qui a été fait ? D'énormes capitaux ont été levés. Le monde entier s'est réveillé soudain solidaire de Venise et des vénitiens, un matin de 1966, quand sortirent les journaux de toute la planète, affichant à la une les images de la catastrophe. Un mètre supplémentaire et la ville sombrait. Que sont devenus ces milliards, confisqués par la bureaucratie omnipotente de Rome et l'avidité de capitaines d'industrie douteux ? Les colloques et les symposiums se sont succédés à un rythme éffréné pendant plus de quarante ans pour aboutir sur du vide. La ville se dépeuple, les monuments se dégradent, la polltion atmosphérique ne diminue pas et le cancer des pierres se développe à une telle vitesse qu'il est devenu impossible de reconnaître certaines sculptures qui ornent les monuments les plus exposés. Les écoles ferment les unes après les autres, les commerces de détail disparaissant au profit des boutiques à touristes. On ne peut plus accoucher dans la Cité des Doges parce que l'unique maternité coûte trop cher au service public. Des immeubles entiers sont toujours vides dans l'hypothétique arrivée de subventionsn de l'Etat ou de la Communauté Européenn, que les propriétaires utiliseront pour transformer leur bien en de superbes appartements, loués à prix d'or à la journée, aux touristes fortunés. Et pour la première fois dans l'histoire de Venise, des familles patriciennes qui n'ont plus que leur palais et ce qu'il contient de richesses accumulées par les leurs depuis plusieurs centaines d'années, reconnaissent ne plus pouvoir assumer le coût démesuré des restaurations même urgentes. Ils sont ainsi la proie de prédateurs multi- milliardaires qui arrivent de Russie, d'Asie ou parfois encore d'Amérique, et qui rachètent ces illustres monuments pour en faire des show-rooms à la gloire de leur puissance financière souvent récente et douteuse, rénovés le plus souvent à grands coups de ripolin doré.
Alors, amis de Tramezzinimag, vous qui comme moi, aimez avec passion cette ville unique, réagissez : soutenez les mouvements de défense et de protection de la ville. Quand vous irez à Venise, refusez d'agir comme les gogos qui défilent derrière les guides qui présentent une Venise Disneyland. Exigez de l'authenticité, respectez ce qui demeure encore et ne vous comportez pas en consommateur vulgaire et obtus. Jetez vos sandwiches et vos cannettes de coca sur les grandes et hideuses bâches publicitaires qui défigurent la ville, crachez sur ces voyagistes qui sont autant de petits vautours infâmes qui vident la Sérénissime de son âme. Applaudissez les enfants qui sortent de l'école, les maraîchers qui apportent chaque matin le produit de leurs terres, les épiciers, les bouchers, les quincaillers, les crémiers, les boulangers, le cordonniers, les buralistes, tous ceux qui par leur travail maintiennent la cité des doges en vie. Refusez ces colifichets fabriqués pour la plupart en Chine ou en Europe centrale. Allez chez les vrais artisans, les créateurs. N'achetez rien à tous ces pauvres africains qui vous proposent de mauvaises contrefaçons de sacs et de ceintures Fendi, Armani ou Vuitton. Recherchez l'âme de la ville, prenez le temps d'observer, de regarder, de sentir. De vous perdre en elle. Laissez vous gagner par la poésie qui se dégage de ses ruelles et de ses places. Ne laissons pas Venise mourir !

01 décembre 2008

Ronde du monde par Juliette Fabre

Juliette est une jeune fille bordelaise venue faire ses études à Venise. Installée depuis peu dans la cité des doges, elle partage son temps entre l'université, les expositions et le violoncelle, grâce auquel j'ai fait sa connaissance. Elle m'adresse aujourd'hui sa première contribution à Tramezzinimag : le vernissage à la Bevilacqua La Masa, de l'exposition-installation de William Kentridge, artiste sud-africain, plusieurs fois présent à la Biennale. Quasiment du direct.

À 11h30, la Fondation Bevilacqua La Masa ouvre enfin ses portes, et c'est les pieds humides que nous entrons. William Kentridge, plasticien, metteur en scène et scénographe sud africain n'avait peut être pas prévu que ce dimanche 30 Novembre 2008, il y aurait acqua alta ! Le palazzetto Tito subit le flux et reflux de la foule qui se presse pour assister à l'inauguration de l'exposition (REPEAT) from the beginning/Da Capo. À l'intérieur, des sculptures en fer forgé, des peintures, de la vidéo. L'artiste varie les médiums mais toujours avec cette préocupation/obssession du cycle, de la répétition et, à l'intérieur de celui-ci, l'instant de grâce, unique, explicite. On pourrait penser que le fait même de répéter rend l'oeuvre uniforme, lisse. Il n'en est rien. Les sculptures, d'abord, de par leur matière et leurs agencements demeurent rugueuses, déstructurées voire agressives. Présentées sur des chevalets mobiles, le spectateur est libre de faire tourner les structures. A première vue, elles semblent n'être qu'une composition abstraite, puis en se prenant au jeu, on cherche “l'oeil du prince”, le point de vue parfait qui permet de voir se composer le visage d'une femme, un homme-cheval, un vieux phonographe.
Il est intéressant de voir combien le spectateur se réjouit lorsqu'il arrive à percer le secret d'une oeuvre. Ici, le fond, le sens et la forme se confondent. L'oeuvre nous manipule dans le sens où c'est elle qui nous impose le moment pour se dire “oui, ça y est, je peux m'identifier à cette oeuvre”. Mais il est évident que la chose ne se trouve pas tout de suite. Pour cela, la scénographie (on voit bien que c'est une spécialité de l'artiste) est assez remarquable.
C'est d'abord par les sculptures que nous commençons. À part l'une d'elle vraiment explicite, le spectateur n'y voit qu'une production abstraite. Salle suivante : grâce à un procédé d'ombre projeté et de plate forme, la sculpture tourne sur elle même indépendamment. Puis, trois vidéos sont projetées. L'une d'elle en particulier donne des clés pour mieux comprendre le manège de ces êtres de fer, éclatés trouvant en un moment clé leur raison d'être dans l'échange avec celui qui observe. Au delà du rapport oeuvre/spectateur, ces sculptures mobiles se font réellement peinture d'un monde déstructuré, en pièces, insensé dans sa ronde infinie mais aussi de la magie de l'ici et maintenant, dans la jouissance de l'instant présent.

Juliette Fabre
William Kentridge
(REPEAT) from the beginning/Da Ca
po
30/11/2008 - 16/01/2009
Fondazione Bevilacqua La Masa
Palazzo Tito, Dorsoduro 2826
(Fondamenta Rio San Barnaba)
Tél. : 041 520 77 97
Entrée : 3 € (tarif réduit : 2€)
de 10H.30 à 17H.30
Fermé Lundi et mardi
Catalogue édité par La Charta, Milano.
112 pp. 13,50 €

L'Acqua Grande de 1966

Quelques clichés de 1966... Des images-choc conservées dans les archives de la ville, qu'on aimerait ranger définitivement au rayon des souvenirs !

Montée des eaux d'un niveau exceptionnel aujourd'hui

Le Centre des Marées de Venise (nord-est de l'Italie) a lancé ce matin une alerte à l'aqua alta, car la mer devrait atteindre à la mi-journée une hauteur de 1,60 m au-dessus de son niveau normal, un record depuis trente ans, comme l'indique l'AFP dont la dépêche a été reprise par l'ensemble des média aujourd'hui.
Pourtant, cela n'a hélas rien d'anormal et cette alerte reste malheureusement de saison. La hauteur prévue sous-entend une montée des eaux de près de un mètre dans certains endroits de la ville avec toutes les conséquences, visibles et invisibles que cela peut avoir. Ce qui serait vraiment inquiétant, c'est la conjonction des marées avec une tempête comme il y en eut une en 1966 sur l'ensemble de la péninsule.
A priori, les prévisions météorologiques, si elles ne sont pas merveilleuses, ne prévoient pas de dégradation dangereuse dans les prochains jours. Mais, on ne sait jamais surtout avec le dérèglement climatique que nous vivons depuis quelques années. Le maire, Massimo Cacciari a recommandé aux gens d'éviter de sortir. Non pas tant parce qu'il y aurait danger à se promener en ville, mais pour éviter tout cafouillage car, en dépit de la saison, on dirait qu'il y a toujours autant de touristes et ceux-ci ont des réactions parfois inattendues devant l'acqua alta. De plus, comme le personnel de l'ACTV est en grève et les vaporetti pas plus que les bus de terre ferme ne fonctionnant, un afflux de piétons supplémentaires... Cela fait beaucoup.
Le niveau de l'eau devrait diminuer d'heure en heure, pour revenir à la normale vers 19 heures. L'acqua alta reviendra cette nuit et devrait encore dépasser un mètre demain en fin de matinée. On est encore loin des deux mètres de la grande marée de 1966. Croisons donc les doigts, le mauvais temps sur la péninsule ne permet pas d'être totalement optimiste, mais les moyens de prévention et d'alarme qui existent aujourd'hui permettent d'anticiper les risques de catastrophe. Venise on le sait, est menacée depuis des années par la montée des eaux. L'écosystème lagunaire a été totalement bouleversé ces cinquante dernières années avec la percée du grand chenal amenant les tankers et autres énormes navires vers la zone industrielle de Marghera et le réchauffement augmente le niveau des mers. Venise est donc très exposée. Le projet MOSE qui devrait permettre de fermer les bouches d'accès à la lagune en cas de fortes marées est loin d'être terminé et personne ne saurait dire aujourd'hui si l'ouvrage pharaonique remplira son rôle...
La pluie et le vent se sont déchaînés la nuit dernière. Une cheminée est tombée dans la nuit, près du ponte delle Gate, à Castello. Les pompiers ont dû aussi récupérer quelques embarcations tentées d'aller voir au fond de l'eau. Rien de trop alarmant. La protection civile a tout de même été mise en alerte cette nuit jusqu'à nouvel ordre.